Cinq questions à Pierre-Emmanuel Rousseau, metteur en scène, scénographe et costumier de l’opéra Tancrède.

Qu’avez-vous envie de partager avec cette mise en scène ?
Je voulais raconter les deux histoires parallèles qui se jouent dans cet opéra. Celle de Tancrède, chevalier exilé et blessé qui rentre à Syracuse dans un désir de vengeance, et celle d’Amenaïde qui n’a cessé de l’attendre, animée par un amour absolu. Lui, traumatisé par la guerre, est davantage amoureux de l’idée de l’amour que d’Amenaïde et passe complètement à côté d’elle, ne la défendant pas lorsqu’elle sera accusée de trahison alors qu’elle fera tout son possible pour lui prouver son innocence. C’est cet amour discordant et toutes les strates de guerre, de blessure et de revanche qui font son terreau que j’avais envie d’explorer.

Comment l’avez-vous traduit sur scène ?
Par une scénographie sombre où le noir domine, avec quelques incursions dorées, et l’idée d’un Moyen-Âge fantasmé. Je me suis inspiré des films Promenade avec l’amour et la mort de John Huston (1969), qui se déroule pendant la Guerre de Cent Ans, et du Septième Sceau (1957) d’Ingmar Bergman. L’obscurantisme, l’inquisition et le poids de l’église sont particulièrement prégnants à cette époque et je souhaitais rendre ainsi le message plus universel. Tancrède a tout d’un chevalier errant qui court vers sa mort. Il arrive masqué et entre sur scène pour mourir.

Les costumes sont-ils inspirés de ce Moyen-Âge ?
Oui, mais de manière très stylisée, avec des éléments noirs et Amenaïde en or. Nous avons également joué avec les éclairages pour créer des ambiances lumineuses de clairs-obscurs.

Qu’est-il important, pour vous, de faire ressortir de la musique de Rossini sur scène ?
Cet opéra est une commande. Il s’agit du premier opera seria de Rossini et il atteint déjà une acmé à la mort de Tancrède qui est, pour moi, la plus belle page de l’Histoire de l’opéra. Rossini écrit, de manière complètement inédite, une mort naturaliste. La musique se désagrège petit à petit et Tancrède meurt, musicalement, dans un souffle. Une véritable mort de cinéma, qui n’a d’ailleurs pas plu à l’époque, obligeant Rossini à écrire une autre version finale. Tous les rôles sont également exigeants. Le quatuor de chanteurs, pour les représentations rouennaises, est juste extraordinaire. Il révélera la force de ces partitions.

Comment vos choix et ceux du chef s’articulent-il ?
Je retrouve avec plaisir Antonello Allemandi avec qui j’avais travaillé, dans un autre registre sur Le Barbier de Séville. Ici, nous ne créons pas l’opéra mais partons de la production que j’ai déjà mise en scène, étudions son squelette, vidéos à l’appui, et échangeons sur la manière de nous l’approprier avec les chanteurs. Antonello apporte des propositions nouvelles, lui qui est rompu à l’exercice de l’ornementation, essentielle chez Rossini et toujours au service de l’expression.

Propos recueillis par Vinciane Laumonier •

« Je connaissais peu l’œuvre et ai été subjugué par la force de sa musique. »

Pierre-Emmanuel Rousseau

Six questions à Émeline Bayart, metteuse en scène d’Ô MON BEL INCONNU & rôle de Félicie.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous plonger dans cette opérette des Années folles ?

La rencontre avec Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane, a été déterminante. Il est venu voir D’Elle à Lui, récital antidépresseur qui rend heureux que je donne depuis quelques années au Kibélé, à Paris, et m’a proposé ce projet. Je suis immédiatement tombée sous le charme de cette opérette que je ne connaissais pas et que je trouve à la fois drôle et profonde. Et bien sûr, la musique de Reynaldo Hahn porte la pièce à merveille !

En quoi l’histoire vous séduit-elle ?

J’ai aimé ces trois destins de femmes, lasses de leur vie routinière, chacune pour des raisons différentes. La première, Antoinette, mariée à Prosper depuis vingt ans, s’ennuie avec son mari colérique et sans égard. Encore jeune, belle et pleine de lumière, elle rêve d’une vie moins austère et d’un amant qui lui fera voir la vie en rose. La deuxième, Marie-Anne, fille unique du couple Aubertin, attend le prince charmant qui lui fera quitter le nid familial et les sautes d’humeur de son père. Sa fraîcheur et son émerveillement face à la vie la rendent très touchante. La troisième, Félicie, la bonne au caractère bien trempé, aspire à une vie meilleure, prête à tout quitter si un homme sympathique et doté d’une belle bourse lui offrait cette opportunité.

Qu’est-ce qui a guidé votre mise en scène ?

Guitry a un vrai talent pour allier vaudeville et saynètes aux accents mélancoliques. Son écriture enlevée et poétique m’a beaucoup inspirée. Je souhaitais que l’on retrouve dans le même espace le magasin, le petit salon où les Aubertin reçoivent leurs invités et leurs appartements. Anne-Sophie Grac, scénographe et costumière, a imaginé une véritable boîte à jouer où les protagonistes évoluent comme dans un ballet avec portes qui claquent, grand escalier et scènes picturales. L’esthétique des années 30 permet aussi une élégance que l’on retrouve dans le décor, les costumes et les accessoires. Un régal pour les yeux !

Vous reprenez le rôle de Félicie, créé à l’époque par Arletty. Pensez-vous à elle ?

Je suis très touchée qu’Alexandre Dratwicki ait autant insisté pour que je joue également Félicie. Je m’amuse beaucoup sur scène ! C’est l’écriture du personnage qui me donne la clé du rôle, et pas la comédienne qui l’a créé, mais comme Guitry l’a écrit pour elle, j’ai souhaité conserver un peu de sa gouaille, comme pour la « citer » afin qu’elle reste dans l’œuvre tel un joyeux fantôme plein de bonnes ondes. Félicie est un personnage haut en couleurs, solaire et attachant.

Que provoque en vous la musique de Reynaldo Hahn ?

De la joie et de la mélancolie. Il y a des airs, celui d’Antoinette notamment, où l’on passe du sourire à l’émotion. Hahn s’est complètement adapté à l’écriture de Guitry,
la composition musicale a du sens, les airs
de groupe en témoignent particulièrement, et c’est pour le plus grand bonheur du spectateur.

Propos recueillis par Vinciane Laumonier •

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CARMEN – GEORGES BIZET
Sous-titré en français.

Carmen comme en son temps ! Voilà l’idée de ce projet destiné à plonger le public dans l’univers visuel de l’époque de la création, en 1875. Pour permettre un tel événement, il a fallu renouer avec le travail artisanal – notamment de peinture – à l’ancienne, tout en profitant des avantages techniques de la modernité. Une équipe artistique soudée a travaillé pour obtenir un rendu historique irréprochable des costumes, des lumières, des décors et de la mise en scène. Cette résurrection ne se fonde pas de manière restrictive sur la recréation du décor de l’Opéra Comique de 1875, mais plus généralement sur tous les éléments d’archives qui permettent d’imaginer Carmen dans le monde entier entre sa création parisienne et la Première Guerre mondiale. En effet, comme pour tous les opéras français de son époque, Carmen dispose d’une très importante collection d’archives visuelles : livret de mise en scène (qui fixe précisément les déplacements et les groupements de personnages), plans et aquarelles colorisées des décors, nombreuses planches de costumes (et même quelques étoffes d’époque). Ces documents étaient diffusés à l’international par l’éditeur de la partition, Choudens, afin de permettre à chaque théâtre de reconstruire (avec de légères adaptations) le spectacle créé à Paris. Donnée dans plusieurs langues, cette Carmen originelle fut chantée généralement avec les récitatifs de Guiraud (dans plus de 90% des cas), et c’est pour cette raison que le spectacle proposé opte pour cette version sans dialogue. Ce n’est donc pas seulement le spectacle du 3 mars 1875 à Paris qu’il sera permis de voir, mais Carmen telle qu’elle fut découverte à New York, Vienne, Bruxelles, Stockholm, Milan, Londres, etc.

Contenu mis à disposition par le Palazzetto Bru Zane

Carmen est un opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet, sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. L’œuvre est une adaptation de la nouvelle Carmen de Prosper Mérimée.

Les airs très connus de l’opéra Carmen de Bizet :

00:00 – Prélude (orchestre)

03:58 – Acte 1 :

59:24 – Acte 2 :

01:40:05 – Entr’acte (orchestre)

02:15:08 – Acte 3 :

02:56:16 – Acte 4 :

03:15:23 – Saluts
03:22:27 – Générique

Direction musicale – Ben Glassberg
Mise en scène – Romain Gilbert
Scénographie – Antoine Fontaine
Costumes – Christian Lacroix
Lumières – Hervé Gary
Chorégraphie – Vincent Chaillet

Carmen – Deepa Johnny
Don José – Stanislas de Barbeyrac
Micaela – Iulia Maria Dan
Escamillo – Nicolas Courjal
Frasquita – Faustine de Monès
Mercedes – Floriane Hasler
Le Remendado – Thomas Morris
Le Dancaïre – Florent Karrer
Zuniga – Nicolas Brooymans
Morales – Yoann Dubruque

Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie
Chœur accentus / Opéra de Rouen Normandie
Maîtrise du conservatoire à rayonnement régional de Rouen

Coproduction Bru Zane France, Opéra de Rouen Normandie, Opéra Royal – Château de Versailles Spectacles, Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française

Un grand merci au Crédit Agricole Normandie-Seine, grand mécène d’Opéra en direct, et Karine Bourguignon pour leur soutien à cet événement.
Région Normandie
Revivez Carmen, l’opéra français le plus joué dans le monde, dans sa version de 1875 !

🖥 OPÉRA EN DIRECT – CARMEN

QU’EST-CE QUE C’EST ❓
➡ L’opéra Carmen sera diffusé en direct pendant la représentation qui sera donnée au Théâtre des Arts à Rouen.
➡ Gratuit dans tous les lieux de diffusion

QUAND ❓
➡ Samedi 30 septembre à 18h

OÙ ❓
➡ Sur écran géant place de la cathédrale à Rouen
➡ Sur écran partout en Normandie et au-delà
➡ Chez vous, via Facebook ou YouTube

INFOS ❓
Voir toutes les infos et lieux

Nous tenons à remercier tout particulièrement le Crédit Agricole Normandie-Seine, grand mécène d’Opéra en direct, et Karine Bourguignon de leur immense soutien à cet événement !

Une expérience immersive dans la Séville de 1875…

Tu m’aimes, donc ?

À travers cette question, nous pourrions certainement résumer toute la tension passionnante de l’intrigue qui anime les relations entre la bohémienne Carmen et les autres personnages qui l’entourent.

Carmen, c’est l’histoire incroyable d’une héroïne rebelle qui se joue avec liberté et audace de l’amour des autres. Carmen, c’est aussi un opéra à la musique extraordinaire dont les airs sont connus de tous, peut-être même sans le savoir.

On aura certainement tout dit de Carmen, et on lui aura également tout fait faire. Mais celle que nous vous proposons aujourd’hui est en tous points inédite.

Du 22 septembre au 3 octobre, l’Opéra de Rouen Normandie vous invite à retrouver la Carmen des premiers soirs. Celle qui a fait le tour du monde dès 1875 et qui n’a encore jamais été vue comme telle de nos jours.

Sous la baguette de notre directeur musical Ben Glassberg, vous aurez l’occasion de redécouvrir ou découvrir ce chef d’œuvre de Bizet, l’opéra français le plus joué dans le monde.

Dans une mise en scène signée Romain Gilbert où près de 2 000 m² de toiles peintes nous plongent dans la scénographie originelle, les costumes de Christian Lacroix viennent sublimer ce spectacle pour nous offrir un moment inoubliable.

Le rendez vous est précieux.


Voir Carmen comme l’ont vu les spectateurs de 1875, c’est l’expérience unique qui vous est proposée à l’Opéra de Rouen Normandie !

Du 22 septembre au 3 octobre, vous aurez l’opportunité d’être plongés dans les décors d’époque, de voir les tous premiers costumes et la mise en scène originelle de Carmen, l’opéra français le plus joué dans le monde.

À très vite pour ce voyage dans le temps !

Christian Lacroix et les costumes de Carmen.

Dans son entretien riche en émotions, Christian Lacroix nous dévoile les secrets de confection des costumes de Carmen, dont certains seront les mêmes que la toute première Carmen de 1875 !

Il nous livre ses passions et son amour pour le beau grâce à un magnifique voyage dans le temps permettant de mieux comprendre l’histoire et l’origine des costumes de Carmen.

Entretien avec Romain Gilbert, metteur en scène de Carmen dans sa version de 1875.

Comment est la Carmen de 1875 que vous nous faites rencontrer dans cette production ?

Elle sort tout droit de l’imagination de Mérimée.
C’est une femme déjà mariée mais libre et qui, comme Don José, est un personnage violent et sombre. Elle est manipulatrice, à la croisée de la Gitanilla de Cervantes et de la figure de la sorcière. C’est cette violence que j’aimerais que l’on retrouve. En revanche, reste une véritable histoire d’amour entre deux êtres que tout oppose.

Quelles étaient les particularités de la scénographie originale ?

Nous proposons de retrouver visuellement la version de la tournée de Carmen qui a suivi la première à l’Opéra Comique. C’est cette version, avec des récitatifs permettant son exploitation dans d’autres pays, qui a fait son succès. Avec Antoine Fontaine, nous nous sommes appuyés sur des planches et les premières photos de certains décors qui seront éclairés par Hervé Gary. Les dessins des costumes ont permis à Christian Lacroix de déployer son univers arlésien au plus près de la culture de la tauromachie. Notre travail avec Vincent Chaillet nous a plongé dans les danses espagnoles de l’époque.

Quels sont les défis d’un tel projet en termes de mise en scène ?

Le livret de mise en scène de 1875 indique les déplacements des grands ensembles, du chœur et des figurants. Nous essayons de reproduire également des annotations précises, « Carmen passe au n°1 » par exemple, pour les positions de certains solistes.
J’ai donc des rails sur lesquels emmener le public, mais dont les nombreux manques doivent être comblés par l’imagination. J’ai également consulté des gravures de certaines scènes à mettre en regard avec cette production de 2023.

Ces contraintes historiques n’assèchent-elles pas votre créativité ?

Elles peuvent au contraire la nourrir. Il est fascinant de redécouvrir une façon de monter des opéras qui n’est plus la nôtre aujourd’hui et de mesurer le chemin parcouru. Certains usages ne feront plus effet, par exemple la pratique de « faire tableau » qui consistait à lever le rideau, au début de chaque acte, sur une scène figée. En revanche, il est intéressant de voir que la mobilité et le jeu théâtral du chœur, initiés dans Carmen en 1875, sont toujours d’actualité.

C’est aussi une plongée dans l’artisanat de l’époque…

Et une manière de redonner leurs lettres de noblesse à des métiers qui disparaissent ! Les modistes, perruquiers, entoileurs ou sculpteurs qui se font rares avec la modernisation de certaines mises en scène. Des peintres sur toile qui travaillent à l’italienne, c’est-à-dire debout avec de grands pinceaux, ont assuré une partie des décors.

Que souhaitez-vous transmettre de cette aventure ?

Faire ressentir l’émotion que tout un public a pu vivre à l’époque. Carmen est resté trois mois à l’affiche de l’Opéra Comique et a tenu trente-cinq représentations, ce qui est un succès malgré ce que la légende a retenu. La musique, inouïe à l’époque, ne nous surprend peut-être plus autant aujourd’hui mais retrouver ces effets visuels originaux est une source d’émerveillement.


Propos recueillis par Vinciane Laumonier.

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Accessibilité

L’Opéra accessible

L’Opéra de Rouen Normandie met tout en œuvre pour encourager et faciliter la venue des personnes en situation de handicap. Une tarification adaptée, des dispositifs d’accompagnement spécifiques et des lieux accessibles permettent une découverte de la saison dans les meilleures conditions.

Gilets vibrants
Pour ressentir pleinement les vibrations d’un opéra, d’un concert ou d’un spectacle de danse, l’Opéra de Rouen Normandie met à disposition des gilets SUBPAC pour certains spectacles sur réservation.

Séances en LSF
Deux représentations de l’opéra participatif Cendrillon ou le Grand Hôtel des songes (dont une scolaire) seront interprétées en Langue des Signes Française par l’équipe de LIESSE. Rendez-vous sur notre site internet pour découvrir la vidéo des chœurs en chansigne, disponible avant les représentations.

Boucles magnétiques
Des boucles magnétiques individuelles sont disponibles sur simple demande et permettent une amplification sonore des spectacles pour les personnes bénéficiant d’une assistance auditive avec position T.

Réservation SMS
Les personnes présentant une déficience auditive peuvent réserver leurs places et leurs gilets vibrants par SMS au 07 81 15 36 09.

Surtitrage
Un surtitrage en français est proposé pour tous les opéras.

Audiodescription
En 2022-2023, cinq représentations sont audiodécrites en partenariat avec Accès Culture (Rigoletto, Le Voyage dans la Lune, Le Songe d’une nuit d’été, Serse, Roméo et Juliette). En amont de ces rendez-vous, nous proposons une visite tactile des décors et des costumes avec l’équipe artistique. Le jour du spectacle, le programme de salle est disponible en caractères agrandis et en braille.

Prochaine audiodescription : samedi 24 septembre, 18h autour de Rigoletto

Loupes
Disponibles sur simple demande au vestiaire.

Des lieux adaptés
Le Théâtre des Arts (entrée rue du docteur Rambert) et la Chapelle Corneille sont équipés de rampes d’accès et d’ascenseurs. Des emplacements spécifiques sont réservés aux personnes à mobilité réduite et leurs accompagnateurs.

Parcours de découverte
En lien avec la programmation, ils sont proposés aux personnes présentant une déficience intellectuelle.

Votre interlocutrice privilégiée pour organiser des parcours, vous informer sur la programmation, faciliter votre venue :
Angélina Prévost
07 81 15 36 09
angelinaprevost@operaderouen.fr

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