Histoire d’Asad Kosha

Il y a encore quelques mois, Asad Kosha était journaliste en Afghanistan. Fuyant le régime des Talibans, il est aujourd’hui réfugié en France. Nous lui ouvrons les pages de nos programmes et notre site internet pour vous permettre de découvrir son témoignage lumineux et plein d’espoir.

Quatre jours avant la chute de Kaboul aux mains des Talibans, face au danger imminent, j’ai pris la décision de quitter mon pays pour la France. Dans l’après-midi du 15 août 2021, après avoir reçu un email de David Bobée, j’ai rassemblé mes bagages à la hâte. Craignant de ne jamais pouvoir revenir en Afghanistan, j’ai pris avec moi le portrait de mon grand-père, quelques peintures abstraites et trois copies de livres. J’ai quitté ma maison pour me rendre à l’ambassade France à Kaboul.

L’après-midi du 21 août 2021, avant d’embarquer à bord d’un avion militaire français, je me suis baissé pour ramasser une petite pierre grise. Je l’ai prise dans ma main droite, mise dans ma poche et je me suis juré de passer le reste de ma vie à me battre pour la liberté, la justice et pour un monde plus humain où chacun aurait un foyer. À cet instant, j’ai éprouvé un sentiment mêlé de perte et de renaissance.

Au cours de notre voyage vers la France, le 21 août au soir, je me suis retrouvé dans une base militaire française à Abu Dabi. Assis au coin d’un grand bar militaire, j’ai commencé à méditer sur les mystères de la vie. J’ai d’abord pensé à l’horreur de la guerre et à la difficulté de la vie en exil. Je suis alors tombé dans un profond sommeil. Mais quand je me suis réveillé, au plus profond de mon âme, il y avait un enfant, un enfant optimiste qui m’encourageait à rester fort et à écrire ce nouveau chapitre de ma vie dans ma nouvelle patrie : la France.

En arrivant à Paris, j’ai pleinement pris conscience d’avoir perdu ma terre natale, mon métier et ma langue. Malgré ma connaissance de l’histoire de la France et de certains de ses grands penseurs, être désigné comme « réfugié » m’a fait perdre confiance en moi. En héritant de ce statut, j’ai réalisé à quel point chaque réfugié porte un lourd bagage sur son dos.

Au-delà de la politique et des discours sur l’immigration, il existe un certain plaisir à l’exil qui me rend optimiste. Je commence à me sentir chez moi dans la belle ville de Rouen. Yves Maby, qui nous a ouvert sa maison depuis quatre mois, est aujourd’hui un ami que j’ai l’impression de connaître depuis toujours. Marie-Andrée Malleville, de la mairie de Rouen, nous offre sa profonde bienveillance. Sophie Marand et Claudine Dozoul nous enseignent la langue française et Zohra Amimi est disponible chaque fois que nous avons besoin de son aide. Pour moi, Yves représente la générosité de la France, Marie-Andrée symbolise la coopération, Sophie et Claudine incarnent l’esprit du volontariat en France.

Malgré les défis de la vie quotidienne, j’ai une image très claire de ma nouvelle patrie. C’est une maison où j’apprends la langue française et où je me sens libre de me réinventer. Le plaisir de l’exil réside dans cette réinvention qui façonnera mon avenir et mon identité politique.

Asad Kosha
Rouen, Mars 2022

 Anglais :

In the face of an impending fear, four days before the fall of Kabul to the insurgent Taliban, I decided to leave my country for France. In the afternoon of August 15, 2021, after receiving an email from David Bobee, I packed urgently. Fearing that I may not return to my country, I took the portrait of my grandfather, few abstract paintings and three copies of books and left my home for French embassy in Kabul.

On the afternoon of August 21, 2021, as I boarded into a French military plane, I bowed down and took a small grey stone, pressed it in my right hand, put it my pocket, and promised myself to commit the rest of my life fighting for freedom, justice and a more humane world where everyone call home. Back there, I had a mixed feeling of loss and rebirth.

Halfway along our journey to France, I found myself in a French military base in Abuzabi on the evening of August 21. Sitting in a corner of a big military saloon, I started reflecting about the mysteries of life. For a while, I thought about the horror of war and the hardship of life in exile. Then I fell into a heavy sleep. But when I woke up, deep down in my soul, there was a child, an optimist child who would motivate me to stay strong and embrace the new chapter of my life in my new home France.

As I arrived in Paris, I vividly felt that I had lost my homeland, my profession and my language. Even though I was familiar with French history and some famous French thinkers, I felt less-confident when I was called « refugee ». Having a refugee status, I clearly realized that every refugee carries a heavy suitcase history puts on his or her back.

Beyond the politics and rehturics of immigration, the optimism in deed lies in pleasure of exile. In the
beautiful city of Rouen, I began to feel in home. Yves Maby, who four months ago gave the keys of his house to us, now seems to me like a friend, a friend as if I know him since long time. Marie-Andree
Malleville of the Rouen city council blesses us with a deep kindness. Sophie Marand and Claudine Dozoul teach us French language, and Zohra Amimi is available whenever we need her help. For me, Yves represents the generous spirit of France, Marie-Andree symbolizes cooperation, Sophie and Claudine are the spirit of volunteerism in France. Despite the challenges of daily life, I clearly see how my new home France looks like. It is a home where I am learning French language and where I feel free to recreate myself. The pleasure of exile lies in this recreation that will shape my future and my political identity.

Asad Kosha
Rouen, March 2022