Le chorégraphe Mourad Merzouki, figure du mouvement hip hop depuis le début des années 90, inscrit son travail au carrefour de multiples disciplines. Autour de la danse hip hop explorée dans tous ses styles, se greffent le cirque et les arts martiaux mais encore les arts plastiques et la musique live. Sans perdre de vue les racines du mouvement, ses origines sociales et géographiques, cette confrontation permet d’ouvrir de nouveaux horizons à la danse et dégage des points de vue inédits. Depuis 1996, année de création de sa compagnie, Mourad Merzouki a chorégraphié une quinzaine de spectacles.
Sa formation s’enracine, depuis l’âge de 7 ans, dans la fréquentation de l’école de cirque située à Saint-Priest, dans l'est lyonnais, et dans celle du cours de karaté et de boxe américaine. C’est à 15 ans qu’il découvre le hip hop et commence à danser dans la rue. Il s’attaque à la chorégraphie, en complicité avec Kader Attou, qui sera son partenaire de création pendant cinq ans (de 1990 à 1994), tout en poursuivant son apprentissage auprès de chorégraphes contemporains comme Jean-François Duroure ou Josef Nadj. En 1994, le spectacle ATHINA, co-signé de sa première compagnie Accrorap, le fait connaître. La Maison de la Danse de Lyon dirigée par Guy Darmet soutient le projet et accompagnera désormais chaque nouvelle production de Mourad Merzouki.
Son premier spectacle KÄFIG voit le jour en 1996 aux Rencontres Urbaines de la Villette à Paris. C’est la pièce inaugurale de son travail que Mourad Merzouki signe en son nom. Käfig signifie « cage » en arabe et en allemand et devient le nom de la compagnie. Elle indique aussi le parti pris d’ouverture du chorégraphe et son refus de s’enfermer dans un style. Sur le plateau bordé par un filet, un danseur hip hop et une interprète contemporaine se défient pour mieux dialoguer. Le ton est donné : extension du domaine hip hop sans se perdre de vue.
Deux ans après, RÉCITAL, dialogue insolite entre six danseurs, un musicien et l’image du concert de musique classique, met sur orbite la compagnie. Mourad Merzouki suspend une grappe de violons au-dessus du plateau et fait danser un orchestre inédit d’instrumentistes. C’est le danseur-chorégraphe et musicien Franck II Louise qui a composé la partition et joue en direct de la « talk box ». Une tournée internationale (40 pays) fera connaître la Compagnie Käfig dans le monde entier.
En 2001, DIX VERSIONS, toujours créée à la Maison de la Danse de Lyon, cisèle la singularité hip hop de sept interprètes dont le danseur new-yorkais Klown. La pièce est programmée au prestigieux Jacob's Pillow Festival de Berkshire, aux Etats Unis. DIX VERSIONS valorise l’écriture et la prouesse hip hop par des ronds de lumières isolant chaque danseur dans son originalité artistique qu’elle soit acrobatique ou proche des arts martiaux. Le spectacle est inscrit dans un environnement plastique décalé. Des objets géométriques sont déplacés dans l’espace par les danseurs, activant un jeu vivant de formes et d’énergies. DIX VERSIONS persiste et signe dans la veine esthétique chère à Mourad Merzouki.
Deux ans plus tard, CORPS EST GRAPHIQUE, toujours à la Maison de la Danse de Lyon, joue sur une distribution équilibrée entre femmes et hommes. Une certaine légèreté circule entre les danseurs qui revisitent les codes de la séduction par l’intermédiaire de grandes marionnettes. L’humour, assez rare dans le hip hop, apparaît.
En janvier 2006, TERRAIN VAGUE plonge dans l’enfance et le parcours du chorégraphe dans un no man’s land fantasmé. Pour la première fois, Mourad Merzouki raconte une histoire.
Dans un espace ludique, coloré, ouvert à tous les possibles, les danseurs hip-hop rejoints par des artistes issus du théâtre et des arts de la piste rivalisent d'audace et de virtuosité. Un spectacle éclectique pour un voyage visuel, sensoriel, chorégraphique et musical d'une vitalité débordante.
Avec TRICÔTÉ en 2008, Mourad Merzouki dévoile les coulisses d’un spectacle et inaugure une nouvelle résidence à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône. Sur la musique de AS'N, collaborateur artistique fidèle, cette pièce tout public décline toutes les étapes d’une création, des auditions jusqu’à la représentation.
L’année 2008 est consacrée, entre autres, à la création de AGWA avec 11 danseurs brésiliens, pour la Biennale de la danse de Lyon dont Mourad Merzouki est « l’artiste invité ». Cette même année il met en scène Les Pointillés qui tire un fil rouge entre les 18 villes participantes au Défilé, sur le thème Légendes d’Avenir dont il signe pour la troisième fois la direction artistique pour les villes de St Priest et Bron.
2010 : le chorégraphe met en gestation sa nouvelle création provisoirement intitulée BOX. Il renoue pour celle-ci avec les arts martiaux et le cirque, ses formations initiales et explore de nouveaux territoires de recherches en s’entourant sur scène, du Quatuor à cordes Debussy. La pièce sera créée dans le cadre de la 14ème Biennale de la danse de Lyon en septembre 2010.
Parallèlement à ses créations, Mourad Merzouki collabore avec d’autres artistes. De la coopération avec le chorégraphe sud-africain Jay Pather est né le spectacle Pas à Pas, mélange détonnant de danses traditionnelles zoulous et de hip-hop.
En 2002, il signe une Fable à la Fontaine Le Chêne et le Roseau, destinée au jeune public, dans le cadre du projet piloté par Annie Sellem. Claudia Stavisky, directrice artistique du Théâtre des Célestins de Lyon, l’invite à mettre en scène La Cuisine d’Arnold Wesker (2004), puis L'Age d'Or de Georges Feydeau (2005). Côté cinéma, il a participé au premier long métrage de Marc Jolivet, en travaillant sur toutes les scènes de danse, chorégraphiant des comédiens, toute génération confondue comme Ginette Garcin. Il a aussi participé à la chorégraphie des Quatre saisons avec le duo de patineurs artistiques Nathalie Pechalat et Fabian Bourzat.
Pour l'Année de l'Algérie en France, il crée Mekech Mouchkin - Y’a pas de problème (2003) avec des danseurs algérois.
En 2009, il créé Des Chaussées, pour les danseurs du Junior Ballet contemporain du Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Paris – la rencontre entre 2 baskets et 110 doigts de pied ! Hip-hop versus danse contemporaine. Mourad Merzouki y a vu un challenge et un nouveau terrain de jeu. Car comment faire danser ensemble deux mondes a priori éloignés, avec leurs codes et leurs esthétiques propres ? L’idée d’un terrain de basket pour unique scène, une manière pour le chorégraphe de les chausser. Il nourri cette création de ses interrogations, de cette confrontation, et de la surprise de découvrir ces danseurs pieds nus, une partie du corps jusque là moins essentielle à sa danse.
Mourad Merzouki est invité à collaborer avec des artistes étrangers, contribuant ainsi au rayonnement international de la compagnie Käfig. En 2009, il a adapté pour les danseurs chinois de la Beijing Modern Dance Company, le spectacle RÉCITAL, crée 10 ans auparavant. En 2009, Mourad Merzouki chorégraphie et met en scène aux côtés de Jeannot Painchaud, ID la nouvelle production du Cirque Eloize créée en Corée. Il imagine également une nouvelle création pour le Festival Dancing in Automn avec des danseurs taïwanais. Cette pièce verra le jour en 2011.
Depuis janvier 2006, la Compagnie Käfig est en résidence à l’Espace Albert Camus de Bron. Cette implantation lie le théâtre avec le festival Karavel, créé en 2007 à l'initiative de la compagnie, programmant notamment une dizaine de compagnies hip hop et d'autres actions dans la ville.
En 2009, Pôle Pik, nouveau lieu de création et de développement chorégraphique dédié à la danse hip hop ouvre ses portes à Bron, dans l’est lyonnais. La création de ce lieu, que Mourad Merzouki a porté pendant presque dix ans, permettra de poursuivre et développer la diffusion de la danse hip hop en l’ouvrant sur d’autres langages artistiques. Mourad Merzouki en est le Conseiller artistique.
En juin 2009, Mourad Merzouki est nommé Directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val-de-Marne. Il y développe un projet intitulé « La danse, une fenêtre sur le monde », dont l’ouverture est le maître mot. Il continue, au côté de la création et de la diffusion de ses spectacles - un travail de formation et de sensibilisation à la danse hip hop, en créant des rencontres originales favorisant l’accès à l’art chorégraphique et le soutien aux équipes indépendantes.
En 2004, Mourad Merzouki reçoit le Prix de meilleur jeune chorégraphe au Festival International de Danse de Wolfsburg en Allemagne, aux côtés de Sidi Larbi Cherkaoui, Tero Saarinen, Maurice Béjart.
La même année, il est promu Chevalier des Arts et des Lettres par le Ministre de la Culture et de la Communication.
En 2006, il se voit décerné le Prix Nouveau Talent Chorégraphique attribué par la SACD.
En 2008, Mourad Merzouki reçoit le Trophée Créateurs sans frontières 2008, remis par le Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, Bernard Kouchner. Il rejoint aussi, pour un mandat de trois ans, le Conseil d’Administration du Centre National de la Danse de Pantin.